Henri Jeanmaire a choisi de s’engager auprès des enfants de Hautepierre, par le biais de l’association ABC Hautepierre. Comme une trentaine d’autres bénévoles, il s'occupe de l'accompagnement scolaire à domicile.
Les écoles élémentaires de Hautepierre établissent une liste d'élèves ayant des difficultés. Ensuite, l'association ABC Hautepierre essaie de trouver un bénévole par famille qui s'engagera pour un an au minimum.
Celui-ci coordonne le plan de travail avec les enseignants et fait le bilan de l'année avec eux. Le but : donner confiance à l'enfant, lui fournir de bonnes méthodes de travail et l'amener à maîtriser les bases du primaire.
Henri Jeanmaire est médecin à la retraite et a rejoint l'association en janvier 2006. Un homme calme qui ne compte pas sa peine : il se rend chaque semaine à Hautepierre pour aider un jeune turc de 8 ans, lui offre des livres et l'emmène même au cinéma.
Le bilinguisme, un problème pour beaucoup
Après les vacances, il aura un nouvel enfant à soutenir, qu’il ne connaît pas encore. Avant de le rencontrer, il doit discuter avec son enseignante de la maille Jacqueline. « Les enfants ont du mal à se mettre à la lecture ou au calcul. Je les aide à s'organiser, à faire leur cartable. Je veille à ce qu'ils aient une place appropriée pour travailler », explique Henri Jeanmaire. Il précise qu'un parent doit toujours être présent lors de ces rencontres, et que se rendre au domicile de l'élève est important pour mieux cerner les problèmes liés à son environnement. « Le bilinguisme est un problème récurrent. Les parents ne parlent pas le français, certaines mères n'ont jamais été scolarisées. Les enfants normaux n’ont pas trop de difficulté, mais ma femme avait en charge une jeune nigérienne. Personne ne parlait français à la maison, et elle avait un QI faible. Ces enfants ont beaucoup de mal à s’en sortir. »Henri Jeanmaire n'habite pas Hautepierre. « Nous avons du mal à trouver des bénévoles qui acceptent d'aller dans ce quartier dit sensible. Beaucoup ont peur d'être agressés ou de voir leur voiture brûlée. Moi, en deux ans, je n'ai jamais eu de soucis. »
Pour le bénévole, grandir à Hautepierre n'est pas facile, et cela joue sur la réussite scolaire. « Quand un enfant voit que ses aînés n'ont pas trouvé de travail malgré leurs diplômes, ils sont découragés, les parents, désabusés. Ils se sentent rejetés. Alors voir que quelqu'un leur consacre du temps, rien que ça, ça les aide. » L'association ABC Hautepierre veut aussi comprendre pourquoi l'enfant est en difficulté. « Sur les deux heures hebdomadaire, nous ne faisons pas que du travail scolaire, nous discutons beaucoup. Mon rôle est d'éveiller l'intérêt de l'enfant. »Henri Jeanmaire essaye d'apporter des bases du calcul et de lecture, et de l'intéresser au monde. « On ne sait pas ce que l'enfant aurait fait sans nous. Si on lui a vraiment apporté quelque chose. Ce qui est sûr, c'est qu'on a élargi sa vision du possible. »
Anette Bender - Stéphanie Goutte