dimanche 2 novembre 2008

« Si on ne s’y plaisait pas, on serait parti »

Hautepierre, ce n’est, pour le reste de la France, que le terrain des voitures brûlées. Un projet ANRU est actuellement en concertation, afin de réhabiliter le quartier. Dans ce cadre, plusieurs immeubles devraient être rasés pour permettre la construction de nouvelles voies de circulation. Comment vit-on vraiment dans ce quartier dit défavorisé ? A la maille Jacqueline, rencontre avec les habitants privilégiés du bord de la maille, les plus proches du centre commercial, et ceux qui logent dans un immeuble qui devrait être détruit.

27 boulevard Dostoïevski

Immeuble à détruire selon ANRU

1er étage

Un collégien vient ouvrir la porte, vite rejoint par sa mère, qui lui demande régulièrement des traductions. D’origine marocaine, Mme Ghali, 34 ans, mère au foyer, s’occupe de ses cinq enfants. Elle vit à Hautepierre depuis sept ans, mais regrette son ancien appartement de la maille Catherine, qu’elle estime plus calme, où il n’y a « que des Alsaciens ». Elle se plaint des bruits de chauffage dans l’appartement et de la mauvaise isolation de la cage d’escalier : « Hier soir on a été réveillés par deux ados qui se disputaient à 1h30 du matin. » Mme Ghali sait que l’immeuble sera détruit si le projet ANRU est adopté, mais elle voudrait déménager dès maintenant.

3ème étage

Louisa Semili vit dans cet appartement depuis 24 ans avec son mari. Elle y a élevé ses trois enfants. Invalide, elle paye 270 euros de loyer et reçoit 160 euros d’APL pour son F3. Louisa Semili aimait ce quartier, mais explique que les choses ont changé. Sa voiture neuve a déjà été rayée et cabossée. « Pourquoi ? Je ne comprends pas ! » La quinquagénaire n’a jamais entendu parler du projet ANRU, jusqu’à aujourd’hui. « Ma voisine m’a appris ce matin que l’immeuble allait être détruit. Je ne sais même pas si on va être relogé, ni où ».

4ème étage


Le chien, un beau colley, aboie lourdement quand on sonne à la porte. Depuis 15 ans, Sylvie, mère au foyer, habite au même endroit avec ses cinq enfants et son mari. Elle se targue d’être parvenue à récupérer l’appartement d’en face pour transformer son logement en F8, il y a trois ans. Impliquée dans la vie du quartier - elle est bénévole au terrain de jeux et d’aventures -, Sylvie s’y sent parfaitement à l’aise. « J’ai le contact facile donc ça se passe bien. » Elle sait que ce n’est pas le cas partout : « Ma sœur habite dans un autre immeuble, là les jeunes fument et pissent dans l’escalier. » Pour Sylvie, la vie est douce à Hautepierre grâce à ses voisines, avec qui elle organise régulièrement des repas, notamment pour le ramadan. « Si on ne s’y plaisait pas, si on avait pas de bons voisins, on serait partis ».

5ème étage


Haffed Naouen, 31 ans, a grandi dans le quartier. Elle vit aujourd’hui à Molsheim avec son compagnon et son fils de 9 ans. Pour aider son père, elle est revenue quelque temps dans l’appartement de son enfance, mais dit être impatiente de repartir. La jeune femme confie avoir peur de sortir seule, même en plein jour. « Quand j’étais jeune, il y avait du respect, on était en sécurité. Aujourd’hui, quand ma sœur va chez une copine dans la maille d’à côté, elle nous appelle pour qu’on vienne la chercher. » Haffed Naouen, d’origine algérienne, mais née en France, regrette la stigmatisation du quartier: « Etre à Hautepierre, c’est être exclu. Pour que mon frère puisse trouver du travail, il a du mettre mon adresse de Molsheim. »





63 boulevard Dostoïevski

Immeuble sur le bord de la maille Jacqueline

Rez-de-chaussée


Mirsad Bilic vit avec sa femme dans un F3. Pour les vacances, il accueille son petit fils de 2 ans, Mikael. La famille vient de Bosnie où ils ont fui la guerre. Son français est hésitant, mais sa femme et lui travaillent tous les deux. « Mon contrat d’employé technique à l’hôpital se termine en février, on verra après. » Le couple apprécie le quartier et la proximité d’un centre commercial. « J’ai peur de la crise économique, c’est l’inflation qui entraîne la guerre. »


3ème étage


Un Marocain d’une trentaine d’années souriant ouvre sa porte. Akim N’gar est en France depuis 6 ans. « Un coup de foudre m’a fait quitter mon pays et mon travail au ministère de la Défense. » Séparé depuis un an et père d’un garçon de 3 ans, il est aujourd’hui vendeur chez Jennyfer. Akim N’gar aime son quartier, et n'envisage pas de le quitter. « La proximité du centre commercial est un atout, le seul point négatif à mes yeux concerne l’école. Les enfants de Hautepierre n’ont pas accès aux mêmes choses que les autres, par exemple, les aires de jeux sont dans un sale état. »

5ème étage


Martine Gangloff, une aide soignante de 28 ans ouvre sa porte, Jonathan, 3 mois, dans les bras. Elle aime son quartier, « c’est chez moi. » La jeune femme a grandi à Hautepierre, en est partie quand elle a eu son diplôme. « J’ai vécu deux ans à Cronenbourg, mais je suis revenue quand je me suis installée avec mon compagnon. » Un point noir pour la jeune maman : « Ca manque un peu d’aires de jeux, mais je n’y fais attention que depuis l’arrivée de Jonathan. »

6ème étage

« Quand j’ai emménagé ici, il y a 14 ans, je me suis dit, maintenant je peux vieillir. » Yvette Mathis, retraitée, s’appuie difficilement sur une béquille. Elle se sent bien dans son appartement au sommet de l’immeuble où personne « ne lui marche sur la tête ». Bien dans son appartement, mais aussi dans son quartier : « On a tout ici. Je suis à deux minutes d’Auchan, du marché, de l’église, de la bibliothèque… » Yvette participe aux ateliers couture proposés au Galet, comme au club cuisine où elle transmet son savoir aux plus jeunes. Elle joue aux cartes tous les mardis après-midi, et fait du bénévolat aux Restos du Cœur.

Aucun commentaire: